PANHARD
Panhard, précurseur de l’automobile moderne
Dans les dernières années du XIXe siècle, alors que l’ère industrielle française bat son plein, deux hommes visionnaires, René Panhard et Émile Levassor, fondent en 1887 une entreprise d’ingénierie mécanique. Initialement dédiée aux machines-outils, l’entreprise pivote en 1891 vers l’automobile, utilisant une licence Daimler pour son moteur bicylindre.


Le prototype qui émerge cette année-là est une révolution : moteur à l’avant, propulsion arrière, transmission par arbre et boîte de vitesses dédiée. C’est la naissance du célèbre système Panhard, qui influence encore aujourd’hui l’architecture des véhicules.
1890-1914 : L’âge d’or des pionniers

Panhard devient la première marque à produire des voitures en série avec un châssis séparé et une transmission efficace. Dès 1894, la firme participe à la course Paris-Rouen, puis remporte la mythique Paris-Bordeaux-Paris en 1895 grâce à la ténacité d’Émile Levassor.
Durant cette période, la maison Panhard introduit des innovations majeures :
- 1895 : Boîte à vitesses à grille en H, une première mondiale facilitant la sélection des rapports.
- 1898 : Introduction des moteurs à soupapes en tête, améliorant la combustion et la puissance.
- 1902 : Moteurs à 4 cylindres alignés avec allumage magnétique Bosch.
- 1906 : Embrayage multidisque à bain d’huile pour une meilleure progressivité.
La marque se distingue également dans les concours d’élégance, en alliant performances techniques et carrosseries luxueuses.
1920-1939 : Prestige sous contrainte
Après la Première Guerre mondiale, Panhard reprend la production avec des véhicules luxueux, destinés à une élite urbaine exigeante. Les modèles Panhard 10 HP, puis CS et Dynamic affichent un style audacieux, marqué par des lignes fluides et des innovations mécaniques : freins hydrauliques, direction à crémaillère, moteurs sans soupapes (à distribution Knight).
La CS est dotée d’un 6 cylindres en ligne de 2,3 à 2,9 L, avec un arbre à cames en tête. Quant à la Dynamic (1936), elle adopte une silhouette aérodynamique, une suspension indépendante à l’avant et une direction centrale (le volant placé au milieu du tableau de bord).
Mais les années 30 sont dures : les effets de la crise de 1929 touchent durement l’industrie automobile. Panhard se recentre et simplifie son nom en "Panhard" en 1936, marquant un tournant stratégique.
1945-1967 : L’âge des Dyna

Dès la Libération, Panhard se distingue à nouveau par son audace : la Dyna X (1946) sort du lot par sa structure monocoque en aluminium, ses lignes sobres et modernes, et surtout son moteur bicylindre à plat refroidi par air — dérivé des prototypes de guerre.
Le moteur, de type boxer 2 temps puis 4 temps à culbuteurs opposés, développe entre 28 et 42 chevaux pour un poids total inférieur à 600 kg. Résultat : une consommation très basse (environ 5L/100 km), et une agilité remarquable.
La Dyna Z (1954) améliore le concept : plus grande, mieux finie, elle adopte une suspension avant à barres de torsion et un freinage hydraulique intégral. La PL 17 (1959) poursuit la série avec une ligne plus fluide, un confort amélioré et un excellent coefficient aérodynamique de 0.26, exceptionnel pour l’époque.

Malgré ces avancées, les coûts de production — notamment liés à l’aluminium — freinent la rentabilité. En 1965, Panhard est rachetée par Citroën, qui cesse la production des véhicules civils en 1967.
1960–2012 : De la route aux blindés
Alors que l’automobile civile s’efface peu à peu, Panhard trouve une nouvelle voie dans le domaine de la défense. Dès les années 1950, la firme développe une série de véhicules blindés légers, robustes, maniables et exportables, devenant un pilier discret mais stratégique de l’industrie militaire française.
EBR (Engin Blindé de Reconnaissance) – 1951Lancé dans le contexte de la guerre froide, l’EBR est un blindé de reconnaissance à roues 8x8, conçu pour les vastes terrains d’opérations. Il est équipé d’un châssis oscillant, de huit roues dont quatre rétractables pour la route, et surtout d’un puissant canon de 75 mm (ou 90 mm pour les versions ultérieures).
Propulsé par un moteur Panhard 12H de 200 chevaux, l’EBR atteint une vitesse de pointe de 105 km/h. Son autonomie (650 km) et sa suspension indépendante en font un outil de mobilité rapide. Il est produit à plus de 1 200 exemplaires et restera en service jusqu’aux années 1980.
AML (Auto Mitrailleuse Légère) – 1961Développée pour répondre aux besoins des conflits asymétriques, l’AML est une voiture blindée compacte à quatre roues motrices, dotée d’un armement varié selon les versions : canon de 90 mm (AML-90), mortier de 60 mm (AML-60), ou mitrailleuses jumelées.
Léger, rustique et facile à entretenir, l’AML connaît un immense succès à l’exportation : plus de 4 000 unités sont livrées dans plus de 30 pays. Utilisée dans les conflits en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, elle devient un emblème de la diplomatie militaire française.
VBL (Véhicule Blindé Léger) – 1985Avec la montée des opérations extérieures et la nécessité de reconnaissance discrète, le VBL marque un nouveau tournant. Compact, amphibie, protégé contre les mines et les tirs légers, il peut embarquer trois soldats et offre une protection NBC (nucléaire, biologique, chimique).
Motorisé par un Peugeot XD3T turbo diesel de 95 ch, le VBL peut atteindre 95 km/h sur route, et 5 km/h dans l’eau grâce à sa propulsion hydrojet. Toujours en service dans l’armée française, il est adapté à la guerre électronique, à l’observation ou à la liaison tactique.
ERC-90 "Sagaie" – 1977
Conçu pour les forces d’outre-mer, l’ERC-90 est un blindé à six roues à la fois puissant et mobile. Doté d’un canon de 90 mm à haute pression monté sur une tourelle GIAT TS90, il combine capacité d’engagement antichar, vitesse (85 km/h) et franchissement d’obstacles.
Grâce à sa propulsion 6x6 et à ses systèmes hydropneumatiques, il s’adapte à des terrains difficiles. Il sera largement utilisé en Afrique, dans les Balkans et au Liban, et reste un modèle emblématique de l’expertise de Panhard dans les blindés légers d’intervention.
Vers une fusion industrielleDans les années 2000, Panhard perd peu à peu son indépendance. En 2005, la société devient Panhard General Defense, se consacrant pleinement à la fabrication de véhicules militaires blindés. En 2012, elle est rachetée par Renault Trucks Defense (RTD), une entité du groupe Volvo spécialisée dans la défense terrestre. Ce rachat signe la fin d’un siècle et quart d’histoire industrielle sous le nom Panhard.
Cependant, les qualités qui ont fait la réputation de la marque — légèreté, mobilité, robustesse — continuent de guider la conception de nombreux véhicules militaires modernes, dans un héritage technique parfaitement assumé.
Un héritage immortel
Le "système Panhard", la modernisation du châssis, les innovations de confort et d’efficacité, ainsi qu’une élégance constante font de cette marque une pierre angulaire de l’automobile mondiale.